Les populations en demandent plus, elles ont raison !

Interview de Serge Andréoni, Président du GIPREB

Serge ANDREONI est le président du GIPREB. Il revient ici sur son attachement à l'étang, son combat pour sa réhabilitation, ses espoirs ...

Serge Andréoni, vous êtes l’un des plus fervents défenseurs de l’étang de Berre. D’où vous vient cet attachement pour l’une des plus grandes lagunes méditerranéennes ?

Dans les années 1930-1960, l’étang de Berre était une petite mer généreuse où des centaines de familles vivaient de la pêche : oursins, moules, huîtres et poissons marins se reproduisaient en grand nombre. De partout dans la région on venait se baigner dans ses eaux chaudes et déguster des fruits de mer sur les bords de la lagune. Pour moi qui suis Marseillais, venir à l’étang c’était partir en vacances…Tous ces souvenirs d’enfance ont ressurgi quand je suis devenu maire de Berre l’Etang et que j’ai réalisé jusqu’où cet étang avait été sacrifié pour un développement technologique « d’intérêt  général », la chaîne Durance-Verdon… Aujourd’hui, avec l’irruption de la question environnementale, cela ne serait plus possible. Depuis je n’ai de cesse que de le voir réhabilité…

Il y a 25 ans vous avez organisé un référendum d’initiative locale (vous étiez un précurseur de la démocratie locale !) pour l’arrêt des rejets d’eau douce et de limons de la centrale EDF. Vous avez été de tous les combats pour réhabiliter l’étang de Berre.  Quel bilan en tirez-vous ?

C’est un combat de longue haleine en effet… Il faut savoir que l’étang de Berre, c’est 900 millions de m3 d’eau salée dans lequel EDF a déversé jusqu’à 6 milliards de m3 d’eau douce et jusqu’à 600 000 tonnes de limon par an ! Le référendum du 6 octobre 1991, avec 60 % de votants, 95 % d’avis favorable à la question posée (Etes-vous favorable à l’arrêt des déversements d’eau douce et de limons par la centrale EDF de Saint-Chamas ?), a permis de donner une audience nationale aux problématiques de l’étang. Il m’a surtout conforté sur la nécessité d’exiger la réhabilitation car le taux de participation traduisait l’amour des habitants pour leur étang. J’ai soutenu alors les pêcheurs de l’étang dans leur action juridique qui a conduit l’Europe à mettre en demeure la France de cesser la pollution de l’étang de Berre. En devenant président du Gipreb, je voulais que tous les acteurs se mettent autour d’une table pour s’engager pour l’étang… Et c’est ce que nous avons fait. Les industriels, y compris EDF, ont réduit leurs rejets. Les collectivités ont beaucoup investi et les habitants ont aujourd’hui conscience de vivre dans des villes balnéaires où on peut se baigner en toute tranquillité et profiter des rives. Mais ils en demandent plus et ils ont raison : ils veulent que leur étang soit un écosystème vivant, que la vie soit partout dans les fonds, qu’il n’y ait plus de « blooms », d’ « anoxies » et tous les problèmes qui en découlent, ces mauvaises odeurs d’algues vertes putrides..  Et l’Europe nous a donné raison en 2004 en actant que l’eau douce du canal EDF constituait une pollution pour l’étang, tout en laissant une chance à EDF d’expérimenter de nouvelles modalités de rejets (à savoir un « lissage » des rejets sur l’année). On a laissé le temps au temps mais l’expérimentation de ce lissage qui devait durer quatre ans, s’est poursuivi jusqu’à ce jour de sorte que 10 ans après, si on constate certaines améliorations, le compte n’y est pas et l’écosystème de l’étang de Berre n’est toujours pas équilibré. De nouvelles batailles se préparent…

Les industriels de la pétrochimie ferment les raffineries autour de l’étang. C’est tout une économie qui se transforme. Vous êtes de ceux qui pensent que l’étang de Berre peut produire de la richesse … 

Oui. L’étude socio-économique réalisée par le Gipreb prouve que la réhabilitation de l’état écologique de l’étang de Berre permettrait de vivifier l’économie locale, de développer des activités existantes (pêche, mytiliculture, nautisme, tourisme,..), de créer 25 000 emplois. Nous proposons pour cela la réouverture du tunnel du Rove (qui s’est effondré en 1963) à la courantologie marine depuis la rade de Marseille et la dérivation des eaux de la Durance sur le delta de la Camargue, ce qui sauverait l’étang de Berre et n’impacterait plus la Basse Durance. Par la même occasion on apporterait l’eau qui fait cruellement défaut à la plaine de la Crau. L’étude a montré la rentabilité économique de la dérivation des eaux du canal EDF en 15 ans pour l’hypothèse haute, en 22 ans pour l’hypothèse basse.

L’étang de Berre pourrait alors redevenir le poumon bleu des Bouches-du-Rhône.

On le voit, le combat que nous menons depuis plus de 30 ans constitue une œuvre écologique d’envergure locale, régionale et même nationale. C’est aussi une œuvre de dimension humaine capitale car pour nous, l’étang est aussi un facteur de cohésion sociale remarquable.

Oui, nous voulons retrouver notre étang tel que nous l’avons connu, un havre de paix, de convivialité et de mieux-vivre ensemble. Nous mènerons ce combat jusqu’à son terme.

 

 

Article modifié le 27/11/2018