De toutes espèces et de toutes tailles, des poissons sont morts à Saint-Chamas suite à la mise en contact avec des eaux dépourvues d’oxygène, et acidifiées par les conditions de chaleurs estivales. Des phénomènes complexes d’interaction entre l’eau et le vivant, entre les sédiments et les bactéries, expliquent la mise en place de ces phénomènes de dégradation de la qualité écologique des eaux.
Les conditions de chaleur estivale favorisent le développement du phytoplancton, qui trouve tout ce dont il a besoin dans l’étang : de la lumière abondante, des eaux chaudes, des nutriments. Comme dans une piscine, le phytoplancton se développe abondamment et son cycle de vie très court le conduit à très vite mourir et sédimenter vers le fond, tandis qu’il est remplacé par de nouvelles cellules vivantes en surface.
Une fois au fond, cette manne de matière organique va faire le bonheur de tout un écosystème bactérien qui va s’atteler à la dégrader. Les bactéries vont très vite consommer tout l’oxygène présent puis passer la main à d’autres familles de bactéries capables de réaliser cette dégradation sans oxygène. On parle de bactéries sulfato-réductrices.
Le problème est que l’action de ces bactéries va progressivement acidifier l’eau et la rendre de plus en plus hostile à la survie des animaux du fonds : vers, coquillages, crustacés, poissons de fond… Une fois en place, seul le vent peut stopper ce cercle vicieux en évacuant les eaux chargées de matières organiques vers la mer, en brassant les eaux pour les réoxygéner, et en faisant baisser la température.
L’épisode de mistral de mercredi et jeudi derniers a clairement joué son rôle et amélioré la situation écologique de l’étang. Sauf que ces grandes quantités d’eaux acides, subitement ramenées en surface dans la zone nord de l’étang par un phénomène d’up-welling (le vent pousse les eaux de surface vers le sud et induit la remontée des eaux de fond vers le nord), ont fortement impacté les populations de poissons présentes, qui n’ont pas eu le temps de fuir vers des eaux plus accueillantes. Un certain nombre de poissons sont morts intoxiqués par l’acidité de l’eau. Ce phénomène très rapide, ayant donné lieu à l’observation d’eaux blanches typiques des malaïgues dans l’après-midi de jeudi, a vite été interrompu par le brassage des eaux de surface, réoxygénées par la suite. Aujourd’hui, les poissons morts lors de cet épisode s’échouent sur les plages.
Bien qu’impressionnant par la mortalité des poissons, ce type d’évènement reste salutaire pour l’étang qui a ainsi évacué vers la mer une grande quantité de cette matière accumulée l’été.
La qualité des eaux de baignade n’est pas affectée par ces phénomènes qui sont sans incidence pour un baigneur, même s’il est bien sur fortement recommandé de ne pas se baigner dans les zones où de nombreux poissons morts gisent sur la plage.
À la suite de cet événement, et en parallèle avec la baisse progressive des températures de l’eau, les eaux sont encore oxygénées ce jour et devraient le rester jusqu’au prochain coup de vent prévu pour mercredi.
Il faut enfin souligner que les turbinages EDF étaient partiellement autorisés du 29 août au 12 septembre, et sont totalement autorisés depuis le 12 septembre, mais que l’industriel a repoussé la reprise des turbinages du fait de la situation très critique de l’étang. Les turbinages n’ont pas repris à ce jour.
Quelques images schématisées pour expliquer le phénomène
L’image satellite du phénomène






Commentaires
En réponse à MIHEL jean pierre
Bonjour Monsieur, Vous avez raison sur le fait qu'un apport d'eau "correcte" aurait pu limiter la mortalité des poissons. Cependant, il faut bien garder en tête que de l'eau "correcte" (pour l'étang) signifie de l'eau oxygénée, avec la même salinité que celle de l'étang, pauvre en nutriments, et qui aurait dû être apportée au nord de l'anse de Saint-Chamas pour se répandre dans la zone où les poissons ont été affectés. Hélas, l'eau contenue dans le canal en fin d'été ne répond pas du tout à tous ces critères et je peux vous garantir que si EDF avait procédé à des turbinages, cela aurait été de nature à amplifier et accélérer la crise, exactement comme cela a été le cas en 2018. Ceci pour des raisons qui ne sont pas simples et qui font l'objet de nombreux travaux de scientifiques. Les eaux apportées par la centrale sont indéniablement douces, elles s'étalent donc selon leur volume en une couche plus ou moins fine à la surface de l'étang. Dans tous les cas, elles participent à l'installation d'une stratification des eaux. Ces eaux arrivent sur la côte de Saint-Chamas sans aucune possibilité de remonter vers l'anse de Saint-Chamas, en particulier sous un régime de mistral. Elles sont trop riches en azote pour l'étang et auraient favorisé le développement du phytoplancton, à l'origine de ce type d’événement. Enfin, sachez que depuis 2019, tous les 15 jours, le Gipreb, EDF, le SMAVD (en charge de la Durance) et l'Administration ont des moments d'échanges sur la gestion globale des trois entités pendant l'ensemble de la période estivale, afin de prendre les décisions de gestion les moins impactantes pour chacun des milieux, et justement en fonction des aléas météorologiques. C'est grâce à ses échanges qu'EDF a décidé de temporiser avant la reprise des turbinages, jusqu'à l'amélioration des conditions écologiques de l'étang. Des rejets auraient pu intervenir entre le 29/08 et le 12/09 de manière limitée et contrôlée, et de manière libre à partir du 12/09. Les relevés EDF sont très précis et ne signalent aucune forme de déversement le 10/09. Donc oui, je vous confirme que quand la logique l'impose, nous savons déroger aux conventions mais toujours dans le sens cohérent de la protection de l'étang, et c'est ce que nous avons fait collectivement pour retarder la reprise des turbinages en cette fin d'été. Cordialement, Raphaël Grisel, Directeur du Gipreb