Historique

Du Groupement d’intérêt public au Syndicat mixte

Conséquence de la volonté collective de réhabilitation environnementale de l’étang de Berre, le GIPREB (Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre) a été créé en 2000 pour la période 2000-2006, puis reconduit à l’identique pour la période 2007-2010 afin de préparer son remaniement administratif et juridique. Dès sa création, la vocation du GIPREB a été de coordonner la reconquête de l'étang de Berre et de définir un programme global de réhabilitation. En 2011, le Gipreb a évolué vers une structure de syndicat mixte.

1980 1990
1992 1993
1999
2006
2010
mai 2013
2018
1990

Mobilisation des populations

Face à la profonde dégradation de l’étang de Berre,  les populations riveraines, les usagers et le monde associatif se mobilise. Cette mobilisation est relayée par le Syndicat intercommunal pour la sauvegarde de l’étang de Berre et les collectivités territoriales, avec en particulier l’organisation d’un référendum d’initiative populaire en décembre 1991 et la création d’un collectif d’associations.

1993

Le gouvernement s’est alors engagé dans une démarche de réhabilitation de l’étang de Berre avec la mise en place des plans Lalonde et Barnier.

1999

C’est à l’occasion du Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire tenu à Arles, qu’a été entérinée la création du Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre, dans un cadre partenarial rassemblant l’ensemble des collectivités territoriales (Conseil régional, Conseil général, SISEB), l’Agence de l’Eau, l’Etat, les acteurs économiques, les associations et les usagers. La démarche s’inscrivait dans le Contrat de plan Etat-Région 2000-2006, la durée initiale du Gipreb était donc de 6 ans.

2006

Le prolongement du GIPREB jusqu’en 2010 est apparu nécessaire à l’ensemble des partenaires, rejoints en cela par les conclusions d’une mission d’inspection du ministère de l’Environnement, pour poursuivre le travail engagé. Le GIP a cependant changé de statuts avec une modification de sa composition : il est passé de 60 à 10 membres (Conseil régional Provence-Alpes Côte d’Azur, Conseil général des Bouches-du-Rhône, Syndicat intercommunal pour la sauvegarde de l’étang de Berre, Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse, EDF production Méditerranée, Direction régionale de l’environnement, Chambre d’agriculture des Bouches du Rhône, Groupement maritime et industriel de Fos, Coordination des associations pour la reconquête de l’étang de Berre « Etang marin » et Prud’homie de pêche du quartier maritime de Martigues). La concertation est alors assurée au travers d’un Comité d’étang rassemblant les 60 membres du précédent Groupement d’intérêt public.

2010

Le GIPREB a évolué vers une structure de syndicat mixte, tout en conservant son nom transformé en Gestion intégrée, prospective et restauration de l’étang de Berre. Le syndicat mixte semblait l’outil efficace, avec une gouvernance adaptée, une structure politique forte portée par les collectivités locales et territoriales auxquelles sont associés les représentants de la pêche professionnelle et du monde associatif.

mai 2013

Signature du Contrat d'étang

Les acteurs locaux se sont donc dotés d’une structure opérationnelle en mesure de porter le Contrat d’étang. Pour assurer la pertinence et la pérennité de la démarche de réhabilitation, le Contrat prend en compte le bassin versant entier et associe chacune des démarches de gestion de l’eau déjà engagées sur ce territoire. La représentation au sein du Syndicat mixte, des structures de gestion de l’étang de Bolmon et des rivières du bassin versant, Arc, Cadière et Touloubre, ainsi que celle de la Durance, a créé des liens favorables à cette collaboration. Le Contrat d’étang doit être compris comme une étape, permettant la réalisation d’actions concrètes à moyen terme, insérée dans un processus plus long de réhabilitation de l’étang qui ne sera possible qu’avec une nouvelle réduction des rejets de la centrale EDF de Saint-Chamas et la remise en circulation de l’eau dans le tunnel du Rove. Le Contrat d’étang permet de lancer des actions de toute façon nécessaires, pour diminuer certains apports polluants, pour mieux comprendre le fonctionnement de l’étang, pour améliorer la gestion des rives et des zones humides périphériques, pour soutenir les usages. La gestion de l’environnement, dans une optique de développement durable, ne peut s’affranchir d’une approche globale, à la fois territoriale et thématique. Ainsi, il apparaît de plus en plus clairement que le problème de l’étang de Berre ne peut être abordé sans tenir compte des enjeux de gestion de l’eau sur la Basse Durance et la Crau. Ces milieux sont liés par l’aménagement hydroélectrique, c’est ensemble qu’ils doivent être gérés.

2018

Toilettage des statuts

La loi NOTRE et la création de la compétence GEMAPI attribuée à la Métropole Aix-Marseille-Provence ont conduit à de nombreuses réflexions sur le devenir des structures en charge de la gestion des espaces naturels et aquatiques.

Les missions assurées par le Gipreb-Syndicat mixte sont pour l’essentiel hors du périmètre des compétences définies dans la GEMAPI. Toutefois la nécessité d’un toilettage des statuts permettant de les mettre en cohérence avec la réalité de ses interventions a été soulevée par le diagnostic du Schéma Départemental de Coopération Intercommunale.

Le saviez-vous ?

Dès sa création, la vocation du GIPREB a été de coordonner la reconquête de l’étang de Berre et de définir un programme global de réhabilitation. Dans ce cadre, deux missions essentielles ont été portées par le GIPREB, les études d’une part et leur appropriation par les acteurs à travers une démarche de concertation d’autre part. Il s’agissait ainsi d’améliorer la connaissance du milieu, de définir des objectifs de qualité, d’accompagner le développement des usages et d’orienter les actions de réhabilitation. Enfin, le GIPREB était identifié comme la structure porteuse de la démarche de Contrat pour l’étang de Berre, en vue de l’obtention de l’agrément définitif.

Le conte du GIPREB ou le mythe de ses origines

« L’enfant du désaccord »

 

Il était une fois….

 C’est d’une histoire d’amour qu’il s’agit, passionnelle, conflictuelle, improbable, un peu immature aussi disent les vieux, à la fraîche, sous les platanes de la place, mais d’une histoire d’amour quand même…

Il était une fois, sur les rives de la Méditerranée, comme si souvent dans ces contrées, une belle femme, vibrante comme une sieste ensoleillée, fougueuse comme le mistral à ses heures, un tempérament de feu donc mais déjà fort meurtrie par des aventures destructrices. Une femme encore jeune, désireuse de changer son destin, attendrissante comme toutes les éclopées de la vie qui veulent croire, encore, malgré tout, en l’avenir…

Il était une fois, face à elle, un homme de fière allure, fils de grande famille, maniant le verbe et le savoir, certes souvent imbu de lui mais désireux malgré tout de réparer les dommages historiques des siens, car il se sait l’héritier de tous les abus de pouvoir. Il était superbe, tout auréolé de sa prestance de jeune bien né, de reconnaissances multiples, de pouvoir et d’argent. Il était la puissance, il se voulait sauveur.

Elle se fit plaindre, le convainc, le fit rêver, et, fille de métissage, le charma de toute la richesse de la mémoire locale, souvenirs de terriens, contes de pêcheurs, rêves de migrants. Bref, elle le séduisit. Il la prit mais se sentit aussitôt écrasé par sa demande pressante. Elle se donna mais se vécut aussitôt méprisée et manipulée.

Elle usa même de menaces, à l’occasion, quand elle le vit soudain trop fuyant, lui aussi, hélas, comme les autres… Elle voulait croire dans les promesses faites, elle voulait construire avec lui ses projets exaltants de renouveau ; elle s’accrocha comme à une bouée… Ils se confrontèrent… De rage, de lassitude aussi, de faiblesse peut-être, il lui dit un jour « Faisons un enfant ; nous l’appellerons GIPREB ; tu seras rassurée car nous aurons ainsi fort à faire, ensemble ; dés lors, je ne te quitterai pas. »

Ainsi naquit GIPREB… et les deux familles au grand complet se mirent à y croire.

Tout le monde était là. Toute sa famille à lui, même les nouveaux riches, parents par alliance, même les cousins éloignés désargentés, même les anciens patriarches, les notables locaux aussi. Toute sa famille à elle, nombreuse et bruyante, un peu perdue dans ce beau monde et ses manières codées. Seul fut refusé le petit neveu extrémiste… Tous se réunirent souvent au dessus du berceau et voulurent mettre la main à la pâte pour son éducation.

Comme de bien entendu, la dispute des parents continua, nourrie de rancœurs tenaces et de frustrations nouvelles. « Elle ne voulait pas l’écouter ! Elle gâchait tout avec son impatience ! », « Il prétendait tout savoir ! Il ne voulait rien ‘faire’ ! »… Mais tout de même, ils aimaient GIPREB, sans se l’avouer mutuellement et surtout sans le lui dire…

Et GIPREB grandit, tiraillé entre toutes ces volontés contradictoires, rejeté par les autres enfants – il est si différent ! – un vrai galopin, du vif argent, tête de mule selon ses maîtres… Vous savez comment c’est, un enfant : une éponge aux douleurs des parents, surtout quand elles sont tues. Et il en fait des tonnes, l’enfant blessé, pour répondre à la consigne tacite : « Tu vis pour nous réconcilier ! ». Il ne sait plus comment gérer tout ça, la douleur aiguë de maman, la fierté blessée de papa, leur incapacité à se reconnaître et surtout, surtout, le désastre de leur amour. Il se cogne sans cesse à l’impossible défi, il y pleure, il y crie, il y vieillit trop vite…

Mais, par chance, il est tenace. Ah ça, il aime la vie, ce minot ! et les rivages où il est né…

Il a pris le plus fort de ses parents, l’exigence d’excellence et l’autorité de papa, la générosité et l’espérance de maman… Alors, il cherche. Il cherche dans tous les nouveaux savoirs du monde, dans les sciences toujours inexactes et dans les écoles à penser ; il écoute les sages, ceux que son père a regroupés autour de son berceau et tous les autres, même les indésirables, les sociologues du lien, les artistes visionnaires, les guérisseurs de l’âme, les penseurs iconoclastes et les papys poètes, peut-être même des alter-machin-truc et des femmes aussi ! Et tous lui disent que c’est possible !

Et il trouve et il apprend à écouter les vérités derrière des vérités et des mensonges, et il comprend enfin qu’il n’y a pas de Vie sans désir, pas de vie sans amour, et que la sienne, bien chevillée au corps relativise toutes les haines… Qu’ils se débrouillent avec leurs brouilles dérisoires !… Il sait désormais qu’il est là.

Puis, il revendique haut et fort qu’on cesse un peu de parler de lui, de sa santé fragile et de son caractère difficile, pour s’accorder sur le Projet, sur l’avenir, sur le désir. Finalement, contre-vents et marées, il va son chemin. »

Elyane GALAN, Directrice du GIPREB (2000-2004)

Nota :

dans le rôle du Père, l’État ;

dans le rôle de la Mère, « la demande locale », les élus, les Collectivités Locales

dans le rôle du Projet : la Réhabilitation de l’Etang de Berre

et tous les autres dès lors reconnaissables…

 

« Pour moi le GIPREB était une instance scientifique à même de m’apporter des explications pour mes articles sur l’étang. J’ai eu des échos d’une structure qui aurait été créée dans un but de communication et pour favoriser le statut quo. Cette question, je me la pose toujours, je ne sais pas s’il faut trancher. Il y a à prendre et à laisser dans cette critique. Moi, pour mon métier de journaliste, je vois le GIPREB comme un lieu où travaillent et se réunissent des scientifiques sous la tutelle de politiques et institutionnels mais avant tout je vois une équipe de gens compétents». 2004

Laurent Alexandre journaliste La Provence

« Je pense que le GIPREB à la base n’est pas une structure opérationnelle. Je crois que le syndicat mixte est la seule voie que vous ayez devant vous. C’était peut-être un passage obligé cette formule de GIP, pour créer ce lieu de dialogue. Je pense que cette fonction était nécessaire et elle a bien fonctionné. Il y a dans cette construction du GIP une espèce de vice de naissance, de travers ontologique qui est que c’est une structure condamnée à la paralysie, qui de toute façon est appelée à évoluer par essence même puisqu’elle n’a été créée que pour faire des études préalables». 2004

Henri Pignoli Directeur du Syndicat mixte d’aménagement de la vallée de la Durance

"Si le GIPREB parvient à favoriser la création d’un syndicat mixte il aura gagné car cette réhabilitation appartient aux élus locaux. Le GIPREB pourrait rester une structure d’étude et accompagner une force politique jusqu’à sa maturité. Mais il ne faut pas cependant considérer que le GIPREB n’a pas rempli une mission importante depuis sa création. Il a, entre autres, permis de faire avancer l’image de l’étang auprès de beaucoup d’acteurs dont je suis le témoin. Bien sûr il reste un énorme travail à faire de sensibilisation, d’éducation, de transmission des connaissances. Et bien sûr l’équipe GIPREB est soumise à rude épreuve. La mobilisation des différents acteurs est difficile à faire car la crédibilité du discours « il faut réhabiliter l’étang, il faut retrouver une lagune méditerranéenne profonde » n’est pas encore suffisamment assise sur des enjeux identifiés et reconnus par tous. Or seuls les discours permettent de changer l’environnement." 2004

Marie-Christine Constantin-Vallet Cabinet de concertation 1,2,3 soleil

« Pour moi le GIPREB sert d’alibi à l’Etat pour se défiler devant ses responsabilités. Dès le début, je pensais que c’était un écran de fumée mais je ne pensais pas qu’il serait si opaque. Je ne suis pas partisan de la politique de la chaise vide donc il fallait y être. On a toujours été méfiant dans la pêche. Le GIPREB quelque part son boulot c’était d’étudier, c’était une force de proposition. Beaucoup de monde ont cru que c’était un maître d’œuvre mais non, il était là pour analyser des situations et faire des propositions. Sa part de boulot quelque part il l’a faite. Il a fait des études, il a fait des propositions. Il a fait ce qu’on attendait de lui. La pêche ne reproche rien au GIPREB, mais on s’aperçoit qu’on ne sortira jamais de cette phase. Il n’y a qu’à voir le tunnel du Rove qui au départ devait être un pschitt pour faire plaisir à la population en disant en six mois on bâcle ça et la population dit « il y a quelque chose qui se fait sur l’étang alléluia »! Résultat : ça fait combien de temps qu’on est sur le tunnel ? Il n’y a rien eu. Et est ce qu’il y aura quelque chose ? " 2004

William Tillet Premier Prud’homme de pêche

"Le Gipreb a permis des avancées importantes en matière environnementale mais également au niveau de l’élaboration des politiques publiques et de la protection des milieux marins. Son site internet, ses études, sa notoriété auprès du monde scientifique, des pouvoirs publics tant nationaux qu’européens et de la population sont des acquis considérables. » 2004

Serge Andréoni Président du Gipreb

« Le GIPREB n’est pas destiné à mener la réhabilitation jusqu’à son terme. Mais au moins il aura fait avancer les choses depuis l’an 2000 et même s’il ferme ses portes demain, les résultats sont tangibles, écrits. On ne peut pas parler de ratage, ça ne peut plus être un ratage. Maintenant il faut réfléchir à quelle est la meilleure structure pour faire avancer les choses. Les gens ne se rendent pas compte de tout le travail que vous faites, des avancées. Si les gens se lassent trop ils risquent de perdre confiance et de repartir dans une anarchie individualiste. Il faudrait changer la structure en impliquant encore plus les acteurs. Il faut faire prendre conscience de la complexité de l’écosystème.» 2004

Bertrand Millet Enseignant-chercheur Institut méditerranéen d’océanologie

L’histoire d’un désir

C’était l’histoire d’un désir de réhabilitation du plus grand étang marin d’Europe,

porté par les populations riveraines depuis plus de 30 ans…

C’était l’histoire d’un désir de développement durable,

qui réunirait autour d’une table tous les acteurs de la réhabilitation…

C’était avant tout une expérimentation… d’expérimentations !

Une innovation institutionnelle, une innovation écologique,

Une aventure ambitieuse, fortement exposée…

 

C’était l’histoire de ceux qui croyaient qu’il était possible de sauver l’étang

En dérivant les eaux du canal usinier d’EDF et en réouvrant le tunnel du Rove

C’était l’histoire de ceux qui n’y croyaient pas mais qui voulaient bien en parler…

C’était avant tout un lieu d’expression des différents points de vue

Où tous les usagers seraient enfin réunis pour « internaliser » les conflits :

Pêcheurs, associations, industriels, Elus, Etat, Agence de l’eau,

Mais n’était-ce pas pour certains, dans ces temps cyniques, une réponse ambivalente?

 

C’était l’histoire de ceux qui s’y étaient engagés, mais l’étaient-ils vraiment ?

Manipulation, faux-semblants, discours,

C’était l’histoire de concertation et de démocratie locale

C’était avant tout un essai de compromis et d’élaboration de contradictions

du politique au scientifique, du local au national

Dans une structure qui se voulait opérationnelle

Hors du cadre connu du fonctionnement institutionnel

 

C’était l’histoire de l’étude d’un milieu aquatique

A l’état de santé bien alarmant

C’était l’histoire de la recherche d’un retour à la vie, d’une réponse biologique d’un milieu

Qu’on pouvait quantifier seulement sur le plan physico-chimique

C’était avant tout des expérimentations à oser

Comme autant de solutions à ajuster dans le réel

Pour obtenir les résultats positifs pressentis

C’était courir le risque de la chance et de l’innovation

 

C’était l’histoire d’une approche de l’environnement

Qui ne serait pas seulement techniciste

Mais qui serait, à coup sûr,

Nous le voulions, progressiste

car

C’était l’histoire d’un désir…

Article modifié le 01/10/2018