Les palourdes japonaises de l'étang de Berre

Amélioration des connaissances et gestion de la ressource

La préservation du peuplement de palourdes de l'étang de Berre est un enjeu fort pour le Gipreb. L'objectif est de pouvoir maintenir des activités de pêche (professionnelle et de loisir) sur le long terme tout en permettant la pérennité de la ressource. Cette gestion nécessite d’améliorer les connaissances sur la biologie de la palourde ainsi que les impacts de ces activités sur le stock. C'est pour cela que depuis mai 2018 une thèse de doctorat est en cours au Gipreb pour acquérir ces connaissances et développer un modèle numérique de gestion

Historique de la palourde depuis 2010

2010
2015
février 2018
août 2018
août 2018
avril 2019
2010

Retour des bivalves fouisseurs

Effet positif de la stabilité des conditions hydrologiques, notamment la salinité.

Apparition d’une pêche de loisir importante

2015

Pêche réglementée

Quotas : 2 kg de palourdes par jour et par personne, sur des palourdes mesurant plus de 3 cm.

Le Gipreb mène une étude pour permettre l’ouverture de la pêche professionnelle. L’abondance moyenne est estimée à 78 individus.m-2

les populations de palourdes représentent un stock suffisant  pour permettre une ouverture de la pêche professionnelle.

février 2018

ouverture de la pêche professionnelle

Un classement sanitaire a été établi par l’Institut Français de recherche pour l’exploitation de la mer) à partir d’une analyse bactériologique (Escherichia coli) et chimique (métaux lourds : mercure, plomb et cadmium) : les coquillages fouisseurs de l’étang de Berre ont été classés en zone B, c’est-à-dire que les palourdes sont commercialisables après passage dans un bassin de purification. Pour les pêcheurs de loisir, la cuisson des palourdes est recommandée. Grâce à l’ensemble de ces résultats, la pêche à pied professionnelle a été ouverte le 1er février 2018. De février à mai, le nombre de pêcheurs ayant la licence était de 60. A partir de mai, ils étaient 95 pêcheurs professionnels.

août 2018

Crise anoxique

Pendant l’été et l’automne 2018, l’étang de Berre a subi une importante crise anoxique qui a provoqué des mortalités massives d’organismes, notamment des palourdes. Cette crise est due à un « effet cocktail » de plusieurs facteurs : 1) Des apports d’eaux douces et de nutriments importants via les rejets de la centrale hydroélectrique d’EDF entraînant une stratification verticale (avec en surface une couche d’eau douce et en profondeur une couche d’eau salée) ; 2) Un été très chaud, orageux et surtout sans vent ne permettant pas le mélange des deux masses d’eau (douce et salée) ; 3) La présence de ces deux couches d’eau a limité les échanges d’oxygène entre l’atmosphère et la couche d’eau salée en profondeur ;

août 2018

Fermeture de la pêche professionnelle et de loisir

Les premières investigations fin août ont montré un impact fort sur le gisement, avec une disparition quasi-totale du stock profond (au-delà de 2,5 m). Ces constatations ont conduit à la fermeture de la pêche à pied professionnelle et de loisir dans l’étang de Berre le 31 août 2018.

avril 2019

Etude de stock

Entre avril et juillet 2019, le Gipreb a mené la première campagne d’évaluation du stock de palourdes dans l’étang de Berre.

D’après les relevés du GIPREB en 2017 (avant l’ouverture de la pêche à pied aux professionnels), le stock exploitable par les pêcheurs (entre 0 et 2 m) était estimé à 2 200 tonnes alors qu’au printemps 2019, il était de 582,26 tonnes ± 78,21.

Le saviez-vous ?

Japonaise ou européenne ?

Dans l’étang de Berre, la majorité de la ressource est composée par la palourde japonaise, Ruditapes philippinarum. C’est une espèce introduite sur les côtes françaises depuis de nombreuses années et qui a supplanté les peuplements de palourdes européennes (Ruditapes decussatus).

La distinction se fait au niveau des siphons. Sur la palourde japonaise, les siphons sont liés sur les 2/3 de la longueur, alors que sur l’européenne, les siphons sont plus indépendants.

La pêche à la palourde réouverte !

 

Au cours de l’été 2018, l’étang de Berre a subi une importante crise anoxique qui a provoqué des mortalités massives d’organismes, notamment des palourdes. Pour préserver le stock restant, le Préfet avait fait le choix de fermer la pêche des coquillages fouisseurs dans l’étang de Berre, pour les pêcheurs de loisir et les pêcheurs professionnels.

Depuis avril 2020, la pêche est de nouveau autorisée, avec de nouvelles règles pour les pêcheurs professionnels comme pour les pêcheurs de loisir. Elles sont à consulter sur la page

Règlementation de la pêche dans l’étang de Berre

ou bien directement en téléchargeant

Arrêté préfectoral du 6 avril 2020 portant encadrement des activités de pêche maritime professionnelle et de loisir des bivalves fouisseurs

Siphon des palourdes

Le GIPREB souhaite favoriser une exploitation durable et pérenne de cette nouvelle ressource. Afin d’améliorer les connaissances sur la palourde japonaise dans l’étang de Berre et permettre une gestion durable de la pêche, une thèse a débuté en mai 2018. Cette étude, d’une période de 3 ans, a pour objectif de connaître les paramètres biologiques de la palourde japonaise : période de reproduction, vitesse de croissance et taux de mortalité. L’ensemble de ces connaissances sera utilisé pour la création d’un modèle de gestion de la pêche. Ce modèle prendra également en compte les paramètres environnementaux de l’étang de Berre (température de l’eau, salinité, …) et les pressions de pêche à pied loisir et professionnelle subies par les populations de palourde japonaise. A terme, ce modèle permettra de tester différentes modalités de gestion de la pêche : changement du nombre de licences de pêche professionnelle, quotas de pêche, périodes de pêches autorisées, création de zone réserve dans l’étang… Les résultats de ces scénarios serviront à aider les gestionnaires à mieux préserver cette nouvelle ressource.

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Pour obtenir les différentes données nécessaires à la construction du modèle, différentes expériences seront mise en place durant la thèse pour notamment mieux comprendre les périodes de reproduction et la croissance des palourdes japonaises dans l’étang de Berre.

Les périodes de reproduction des palourdes japonaises dans l’étang de Berre

Actuellement, les périodes de reproduction de Ruditapes philippinarum dans l’étang de Berre sont inconnues. D’après les articles scientifiques sur cette espèce, le facteur déclencheur de la reproduction serait la température de l’eau. Afin de le tester sur l’étang de Berre et de trouver ces périodes de reproduction, tous les mois, des palourdes sont prélevées dans différents sites de la bordure côtière (0-4 mètres). Un indice de condition est ensuite calculé à partir de ces palourdes. Les variations de cet indice, suivi sur le long terme, permettront de connaître la ou les périodes de reproduction et la température de l’eau à laquelle la reproduction se déclenche.

La croissance des palourdes japonaises dans l’étang de Berre

La vitesse de croissance est un des paramètres biologiques essentielle d’une espèce vivante. Elle permet notamment de savoir en combien de temps une palourde met pour atteindre la taille minimum de capture, à savoir 3 cm dans l’étang de Berre.

Une double expérience est menée afin de connaître la vitesse de croissance de la palourde japonaise dans l’étang de Berre : le caging in situ et la sclérochronologie.

  • Le caging in situ est une expérience consistant à mettre les palourdes dans des endroits clos. Les palourdes à l’intérieur des cages sont numérotées et mesurées (longueur, hauteur et épaisseur) au début de l’expérience. A la fin de l’expérience, ces mêmes palourdes sont à nouveau mesurées, ce qui permet d’avoir la croissance individuelle de chaque palourde.
  • La sclérochronologie est l’étude des pièces calcifiées d’un organisme. Chez les poissons, par exemple, ce sont les otolithes (sorte d’os de l’oreille interne), les écailles ou les vertèbres. Chez les palourdes, cela correspond à la coquille. Les stries visibles sur la coquille retracent l’histoire de vie de ces organismes : l’âge, la reproduction, les stress liés à l’environnement…. Avant d’être installé dans les cages, la coquille est marquée avec un composé fluorescent (inoffensif pour les organismes), permettant d’inscrire un repère temporel dans la croissance. Lorsque les palourdes sont récupérées plusieurs mois après, ce repère permet de savoir quand la palourde a été mise en cage et de combien de millimètre elle a grandi depuis.

Ces deux méthodes couplées permettent d’avoir un suivi de la croissance des palourdes en fonction de leur taille de départ. C’est une expérience sur le long terme dont les résultats seront connus dans environ 2 ans.

 

Ce projet de thèse est financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP)

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Article modifié le 22/04/2020