Les palourdes japonaises de l'étang de Berre

Amélioration des connaissances et gestion de la ressource

La préservation du peuplement de palourdes de l'étang de Berre est un enjeu fort pour le Gipreb. L'objectif est de pouvoir maintenir des activités de pêche (professionnelle et de loisir) sur le long terme tout en permettant la pérennité de la ressource. Cette gestion nécessite d’améliorer les connaissances sur la biologie de la palourde ainsi que les impacts de ces activités sur le stock. C'est pour cela que depuis mai 2018 une thèse de doctorat est en cours au Gipreb pour acquérir ces connaissances et développer un modèle numérique de gestion

Le saviez-vous ?

Japonaise ou européenne ?

Dans l’étang de Berre, la majorité de la ressource est composée par la palourde japonaise, Ruditapes philippinarum. C’est une espèce introduite sur les côtes françaises depuis de nombreuses années et qui a supplanté les peuplements de palourdes européennes (Ruditapes decussatus).

La distinction se fait au niveau des siphons. Sur la palourde japonaise, les siphons sont liés sur les 2/3 de la longueur, alors que sur l’européenne, les siphons sont plus indépendants.

Fermeture temporaire de la pêche à la palourde

Au cours de l’été 2018, l’étang de Berre a subi une importante crise anoxique qui a provoqué des mortalités massives d’organismes, notamment des palourdes.

Le 10 septembre 2018, les plongeurs du Gipreb et des représentants des pêcheurs professionnels n’ont pu que constater que les stocks de palourdes ont tous disparu au-delà des 2 mètres de profondeur. Seule la bordure littorale compte encore quelques palourdes.

Pour les préserver, le Préfet a fait le choix de fermer la pêche des coquillages fouisseurs dans l’étang de Berre, pour les pêcheurs de loisir et les pêcheurs professionnels.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Depuis quelques années, les palourdes japonaises, Ruditapes philippinarum se sont fortement développées sur la bordure littorale. L’arrêté N° R93-2018-01-30-001 du 30 janvier 2018 encadre les activités de pêche maritime professionnelle et de loisir des bivalves fouisseurs sur le littoral de l’étang de Berre. La taille minimale de capture de la palourde japonaise est de 3 cm, la coque : 2,7 cm. Les quantités pêchées sont limitées à 40 kg pour les professionnels et à 2 kg pour les pêcheurs de loisir. Est interdite la pêche en plongée sous marine, la drague est interdite.

 

Le GIPREB souhaite favoriser une exploitation durable et pérenne de cette nouvelle ressource. Afin d’améliorer les connaissances sur la palourde japonaise dans l’étang de Berre et permettre une gestion durable de la pêche, une thèse a débuté en mai 2018. Cette étude, d’une période de 3 ans, a pour objectif de connaître les paramètres biologiques de la palourde japonaise : période de reproduction, vitesse de croissance et taux de mortalité. L’ensemble de ces connaissances sera utilisé pour la création d’un modèle de gestion de la pêche. Ce modèle prendra également en compte les paramètres environnementaux de l’étang de Berre (température de l’eau, salinité, …) et les pressions de pêche à pied loisir et professionnelle subies par les populations de palourde japonaise. A terme, ce modèle permettra de tester différentes modalités de gestion de la pêche : changement du nombre de licences de pêche professionnelle, quotas de pêche, périodes de pêches autorisées, création de zone réserve dans l’étang… Les résultats de ces scénarios serviront à aider les gestionnaires à mieux préserver cette nouvelle ressource.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pour obtenir les différentes données nécessaires à la construction du modèle, différentes expériences seront mise en place durant la thèse pour notamment mieux comprendre les périodes de reproduction et la croissance des palourdes japonaises dans l’étang de Berre.

Les périodes de reproduction des palourdes japonaises dans l’étang de Berre

Actuellement, les périodes de reproduction de Ruditapes philippinarum dans l’étang de Berre sont inconnues. D’après les articles scientifiques sur cette espèce, le facteur déclencheur de la reproduction serait la température de l’eau. Afin de le tester sur l’étang de Berre et de trouver ces périodes de reproduction, tous les mois, des palourdes sont prélevées dans différents sites de la bordure côtière (0-4 mètres). Un indice de condition est ensuite calculé à partir de ces palourdes. Les variations de cet indice, suivi sur le long terme, permettront de connaître la ou les périodes de reproduction et la température de l’eau à laquelle la reproduction se déclenche.

La croissance des palourdes japonaises dans l’étang de Berre

La vitesse de croissance est un des paramètres biologiques essentielle d’une espèce vivante. Elle permet notamment de savoir en combien de temps une palourde met pour atteindre la taille minimum de capture, à savoir 3 cm dans l’étang de Berre.

Une double expérience est menée afin de connaître la vitesse de croissance de la palourde japonaise dans l’étang de Berre : le caging in situ et la sclérochronologie.

  • Le caging in situ est une expérience consistant à mettre les palourdes dans des endroits clos. Les palourdes à l’intérieur des cages sont numérotées et mesurées (longueur, hauteur et épaisseur) au début de l’expérience. A la fin de l’expérience, ces mêmes palourdes sont à nouveau mesurées, ce qui permet d’avoir la croissance individuelle de chaque palourde.
  • La sclérochronologie est l’étude des pièces calcifiées d’un organisme. Chez les poissons, par exemple, ce sont les otolithes (sorte d’os de l’oreille interne), les écailles ou les vertèbres. Chez les palourdes, cela correspond à la coquille. Les stries visibles sur la coquille retracent l’histoire de vie de ces organismes : l’âge, la reproduction, les stress liés à l’environnement…. Avant d’être installé dans les cages, la coquille est marquée avec un composé fluorescent (inoffensif pour les organismes), permettant d’inscrire un repère temporel dans la croissance. Lorsque les palourdes sont récupérées plusieurs mois après, ce repère permet de savoir quand la palourde a été mise en cage et de combien de millimètre elle a grandi depuis.

Ces deux méthodes couplées permettent d’avoir un suivi de la croissance des palourdes en fonction de leur taille de départ. C’est une expérience sur le long terme dont les résultats seront connus dans environ 2 ans.

La pêche à pied de loisir dans l'étang de Berre

Pour mieux comprendre l’impact de la pêche de loisir sur la ressource, des comptages et des enquêtes sont réalisés pendant la période estivale. Cela permettra de mieux estimer la pression de pêche par cette activité. Ces enquêtes sont aussi l’occasion de rappeler aux usagers les bonnes pratiques notamment le respect des quotas, des tailles et des techniques de pêche (voir réglementation)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Article modifié le 19/09/2018