État des lieux

Description de l'écosystème sur la base des données de l'Observatoire du GIPREB

Le dernier rapport de l'Observatoire du milieu porte sur l'année 2018. Il apporte une vision globale et scientifique de l'état actuel et apporte des conclusions sur l'évolution observée ces dernières années.

Dernier rapport de l'Observatoire en 2018

Le dernier rapport de l’Observatoire du milieu du GIPREB – Bilan 2018 est téléchargeable !

Il décrit en détail l’Observatoire, les résultats obtenus en 2018, et les différentes études en cours ou à venir.

 

Rapport Suivi Eco Couve 2018.indd

Retour sur 2017

Le rapport de l’Observatoire sur l’année 2017 notait que les paramètres de l’eutrophisation en 2017 étaient les plus faibles jamais observés depuis 2000.

Cependant, il concluait: « face à des apports d’eau douce par le canal usinier EDF qui sont maintenant stabilisés depuis plusieurs années (en apports totaux et variation saisonnière), il semble apparaître à présent que la variabilité interannuelle de l’écosystème de l’étang de Berre est directement modulée par la variabilité climatique. Ainsi, l’état de l’écosystème de l’étang de Berre à la fin de l’année 2017 suggère une tendance à l’amélioration, mais il reste encore dans un état eutrophe et instable. »

État des lieux en 2018

(télécharger le rapport)

L’année 2018 est marquée par une pluviométrie en hausse par rapport aux années précédentes plutôt sèches. La pluviométrie (130 millions de m3) a été particulièrement importante à l’automne et les cumuls annuels (840,5 mm) sont ainsi les plus importants depuis 1972. En conséquence les apports par les tributaires naturels sont également en hausse (207 millions de m³).

Le cumul des apports par la centrale hydroélectrique s’élève à 1 232,7 millions de m³ supérieurs à la moyenne établie depuis 2005 (912 millions de m³). Les apports de limons sont également en hausse par rapport aux années précédentes avec 67 380 tonnes de limons sur l’année civile.

Le début de l’année 2018 se situe dans la continuité des années précédentes (2016-2017 notamment) avec un niveau d’eutrophisation proche du bon état (Azote total, Phosphore total, Chlorophylle a). Néanmoins, les rejets printaniers de la centrale EDF vont entraîner une baisse inhabituelle de la salinité et le maintien d’une forte différence de salinité entre les eaux de surface et les eaux de fonds. Ces faibles salinités vont modifier la structuration des peuplements de macrophytes observés au mois de juin 2018 en favorisant le développement des cladophores et en réduisant les abondances des rhodobiontes. On note toujours la forte présence d’algues opportunistes nitrophiles (ulves, cladophores…) témoignant d’un système eutrophisé. Les herbiers de zostères, suivis sur quelques sites, montrent une poursuite de leur dynamique de progression. Cependant, malgré cette progression, l’écart entre les surfaces actuelles et les objectifs de la DCE reste considérable.

L’année 2018 a été marquée par un printemps très pluvieux et des apports d’eaux très importants par EDF. Le bloom phytoplanctonique qui en a résulté, associé à de très fortes chaleurs et une absence de mistral pendant l’été, a ainsi entraîné une des plus graves crises anoxiques dans l’étang. Des anoxies sévères et longues ont ainsi été mesurées, jusqu’à des profondeurs de 2-3 mètres.

Les conséquences sur l’écosystème sont très importantes : fortes mortalités de poissons, de la macrofaune benthique (dont les palourdes) et des herbiers de zostères très dégradés. Lire la note rédigée par le GIPREB sur les constats et les explications sur ce phénomène

Malaigue d'Aout 2018

A partir de la fin du mois de juillet 2018 et au moins jusqu’à la fin de l’année 2018, on assiste à une bascule importante et l’installation d’une crise écologique majeure. Cette crise trouve son origine dans une conjonction, de type « effet cocktail », de plusieurs facteurs : apports importants (rivières et rejets EDF), absence de vent durant l’été, stratification importante, biomasse benthique importante. Ainsi, sous l’effet des apports printaniers conséquents, de la forte chaleur et du fort ensoleillement, d’importants blooms planctoniques vont se développer dans l’étang de Berre, réduisant fortement la transparence. L’absence notable de vent pendant la période estivale, combinée à la forte stratification des eaux, va provoquer des anoxies en profondeur. Ces anoxies sont renforcées par l’importante demande en oxygène nécessaire à la dégradation de la matière organique issue de la sédimentation du phytoplancton et par la respiration de la biomasse benthique (palourdes notamment). Dans la partie profonde, on enregistre jusqu’à 25 jours continus d’anoxies. Ces anoxies vont remonter jusqu’à des profondeurs assez faibles (1.5 m), toucher près de 93 % de la surface de l’étang et décimer les peuplements de macrofaune benthique. Seules 3 stations sur 10 présentent encore des organismes vivants en septembre 2018, et toutes les abondances chutent. Au cours de l’automne 2018, les niveaux d’eutrophisation sont les plus élevés depuis 2005 et la réduction des rejets de la centrale hydroélectrique. Les concentrations de chlorophylle a sont les plus fortes observées depuis 1998. Cette crise, avec ces forts niveaux d’eutrophisation et la persistance d’épisode d’hypoxie voire d’anoxie s’est poursuivie au moins jusqu’à la fin de l’année 2018 sous l’effet des apports importants (forte pluviométrie, rivières, canal EDF) de l’automne. En février 2019, le compartiment de la macrofaune benthique ne montre pas de signe de recolonisation, témoignant de la gravité des conséquences de cette crise écologique.

Palourdes mortes (septembre 2018) au Jai

Alors que depuis les dernières années on assistait à une amélioration de l’écosystème notamment vis-à-vis de l’eutrophisation, l’année 2018 apparaît comme un recul important vers un système plus eutrophe dans cette trajectoire écologique. Cependant, il est difficile de prévoir si cet épisode constituera un simple accident ou au contraire s’il s’agira d’un véritable point d’inflexion dans la dynamique de restauration de l’étang de Berre. Les mortalités massives de macrofaune benthique, ainsi que la sédimentation du phytoplancton en excès, sont à l’origine d’un important stock de matière organique sur les fonds de l’étang qui peut constituer une source de nutriments importante par la reminéralisation. Les capacités d’épuration de cette matière organique via l’exportation par le chenal de Caronte vont dépendre des conditions environnementales (pluviométrie, régime de vent, apports en eau douce…).

Les impacts (ou l’absence d’impact) de cette crise sur certains compartiments comme les peuplements de macrophytes, les herbiers de zostères ou les moulières ne seront visibles qu’en 2019. La recolonisation des peuplements benthiques, fortement impactés par cette crise, dépendra des sources de larves potentielles. Ce contexte de fortes mortalités a laissé de nombreuses niches écologiques libres, ce qui pourrait favoriser l’apparition de nouvelles espèces invasives.

Les prochains suivis de l’Observatoire du milieu seront particulièrement intéressants pour juger de la capacité de résilience de l’étang de Berre : reprendra-t-il sa dynamique de diminution de l’eutrophisation ? Est-ce qu’une nouvelle crise écologique se produira en 2019 ? A quelle vitesse les peuplements benthiques vont se reconstituer et quelles espèces en feront partie ? Les herbiers de zostères ont-ils été impactés ?

Trajectoire écologique

La figure ci-contre présente le diagramme de Schramm (1999) modifié par T.Laugier et V.Faure, avec une proposition pour  les états écologiques de l’étang de Berre avant 2000, avant 2005, en 2017 et en 2018 (« Espèces climax » correspondent à des espèces de référence comme les zostères, et « macroalgues opportunistes » correspondent à des algues du type ulves).

Ce diagramme est une représentation schématique des changements relatifs des producteurs primaires (phytoplancton, macrophytes) et des paramètres physico-chimiques dans un gradient d’eutrophisation.

Diagramme de Schramm pour l'étang de Berre (2018)
Le saviez-vous ?

L’ensemble des rapports de l’Observatoire du GIPREB sont téléchargeables dans la section Téléchargement (rapports scientifiques)

Moyenne glissante (7 mois) de la concentration en MES (mg/l) total en surface et au fond dans l'étang de Berre entre 2004 et 2017. Les écarts type sont indiqués en pointillés. Les histogrammes bleus représentent les apports mensuels par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (hm3).
Moyenne glissante (7 mois) de la concentration en Chlorophylle a (µg/l) total en surface et au fond dans l'étang de Berre entre 2004 et 2017. Les écarts type sont indiqués en pointillés. Les histogrammes bleus représentent les apports mensuels par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (hm3).
Moyenne glissante (sur 7 mois) de la concentration en nitrates (NO3) dans l'étang de Berre en surface et au fond. Les écart-types sont présentés en pointillés. Les apports par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas sont présentés sous forme d’histogramme.
Moyenne glissante (sur 7 mois) de la concentration en phosphate (PO4) dans l'étang de Berre en surface et au fond. Les écart-types sont présentés en pointillés. Les apports par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas sont présentés sous forme d’histogramme.
Evolution de la profondeur du disque de Secchi (moyenne glissante de 7 mois) dans l'étang de Bere pour les 10 stations du suivi du GIPREB
Moyenne glissante (7 mois) de la concentration en MES (mg/l) total en surface et au fond dans l'étang de Berre entre 2004 et 2017. Les écarts type sont indiqués en pointillés. Les histogrammes bleus représentent les apports mensuels par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (hm3).
Moyenne glissante (7 mois) de la concentration en MES (mg/l) total en surface et au fond dans l'étang de Berre entre 2004 et 2017. Les écarts type sont indiqués en pointillés. Les histogrammes bleus représentent les apports mensuels par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (hm3).
Moyenne glissante (7 mois) de la concentration en Chlorophylle a (µg/l) total en surface et au fond dans l'étang de Berre entre 2004 et 2017. Les écarts type sont indiqués en pointillés. Les histogrammes bleus représentent les apports mensuels par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (hm3).
Moyenne glissante (7 mois) de la concentration en Chlorophylle a (µg/l) total en surface et au fond dans l'étang de Berre entre 2004 et 2017. Les écarts type sont indiqués en pointillés. Les histogrammes bleus représentent les apports mensuels par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (hm3).
Moyenne glissante (sur 7 mois) de la concentration en nitrates (NO3) dans l'étang de Berre en surface et au fond. Les écart-types sont présentés en pointillés. Les apports par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas sont présentés sous forme d’histogramme.
Moyenne glissante (sur 7 mois) de la concentration en nitrates (NO3) dans l'étang de Berre en surface et au fond. Les écart-types sont présentés en pointillés. Les apports par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas sont présentés sous forme d’histogramme.
Moyenne glissante (sur 7 mois) de la concentration en phosphate (PO4) dans l'étang de Berre en surface et au fond. Les écart-types sont présentés en pointillés. Les apports par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas sont présentés sous forme d’histogramme.
Moyenne glissante (sur 7 mois) de la concentration en phosphate (PO4) dans l'étang de Berre en surface et au fond. Les écart-types sont présentés en pointillés. Les apports par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas sont présentés sous forme d’histogramme.
Evolution de la profondeur du disque de Secchi (moyenne glissante de 7 mois) dans l'étang de Bere pour les 10 stations du suivi du GIPREB
Evolution de la profondeur du disque de Secchi (moyenne glissante de 7 mois) dans l'étang de Bere pour les 10 stations du suivi du GIPREB
Article modifié le 04/07/2019