Généralités sur l'étang de Berre

Description générale de lagune l'étang de Berre : géographie, écologie, pressions

L'étang de Berre présente la particularité de ne pas être séparé de la mer par un cordon sableux à l'instar des autres lagunes méditerranéennes de la côte occidentale. Les échanges avec la mer se font au niveau d'un seul passage, qui fut aménagé au cours des siècles pour devenir, d'une large zone de marais, un canal permettant la navigation de navires de transport de marchandises.

Le saviez-vous ?

L’étang de Berre est une des plus grandes lagunes d’Europe !

Avec ses 15 500 ha (155 km2) et son volume de 980 millions de m³, elle offre au département des Bouches-du-Rhône 75 km de rives.

L’étang de Berre, d’une superficie de 155 km2, est situé à l’ouest du Golfe de Fos et de l’embouchure du Rhône, à deux pas de Marseille dans les Bouches-du-Rhône.

L’écosystème lagunaire de l’étang de Berre est aujourd’hui un ensemble de 4 étangs en communication plus ou moins importantes : le Grand étang, l’étang de Vaïne, l’étang de Bolmon et l’étang de l’Olivier.

 

plan de situation des masses d'eau concernées

L’étang de Berre reçoit l’eau des trois rivières (qui sont des fleuves côtiers du fait du caractère maritime de l’étang de Berre) de son bassin versant que sont la Touloubre, l’Arc et la Durançole. Au sud l’étang de Bolmon reçoit lui les eaux de la Cadière. Ses apports du bassin versant naturel sont complétés par ceux de la chaîne hydro-électrique Durance-Verdon dont les eaux sont rejetées sur les rivages nord de l’étang.

 

Bassin Versant 3riviere

Conditions climatiques

Les conditions météorologiques, de type méditerranéen, impliquent des saisons contrastées avec un été aride, un hiver moyennement rigoureux et des pluies souvent torrentielles au printemps et en automne. Les précipitations moyennes annuelles sont comprises entre 500 et 600 mm.

Les vents sont caractérisés par deux secteurs dominants : N-NW et S-E. Le mistral (N-NW) est le vent dominant et fréquent.

Un étang sous influence

La particularité de l’étang tient dans son rôle de réceptacle artificiel de quantités d’eau douce démesurées au regard de son bassin versant naturel déversées par la centrale EDF de Saint-Chamas. Cet apport initié en 1966 contribue encore aujourd’hui à plus de 87 % des apports en eau douce (2017) et 55 % des apports d’azote (2015). Au cours de son histoire, le canal usinier EDF a apporté, les années les plus humides, 7 fois le volume de l’étang et prés de 600 00 tonnes de limons. Aujourd’hui, suite au contentieux opposant la France à la Communauté européenne, ces rejets ont été plafonnés à 1,2 Milliards de m³ par an et 60 000 tonnes de limons. C’est encore trop pour l’étang : le GIPREB-Syndicat mixte exige une nouvelle réduction des rejets à 600 000 millions de m3

L’étang de Berre est de ce fait soumis au fonctionnement de cette installation et ses conditions écologiques sont fortement marquées par des années de rejets sans limite.

Fl17 Edf

Échanges avec la mer et variabilité de la salinité

La salinité de l’étang de Berre résulte de la confrontation des eaux marines qui entrent au sud par le chenal de Caronte et des eaux douces d’origines diverses : eaux de pluie, eaux en provenance du bassin versant et apportées par le ruissellement sur tout le pourtour et par les cours d’eau et la centrale EDF au nord. La salinité est également influencée par la marée et les conditions météorologiques : augmentée par l’évaporation, modifiée par les vents et la pression barométrique.

La salinité est un paramètre variable, dans le temps et dans l’espace, ce qui est une caractéristique commune de toutes les lagunes méditerranéennes. Mais la mise en service de la centrale hydroélectrique EDF en 1966 a profondément modifié le fonctionnement hydrologique de l’étang en augmentant considérablement la variabilité spatiale et temporelle de ce paramètre. Il en découle deux phénomènes dommageables à l’écosystème : une instabilité hydrologique mal supportée par certaines biocénoses et une stratifiation haline qui participe à la persistance de conditions anoxiques dans les eaux proches du fond de la partie centrale et profonde de l’étang.

La vidéo ci-dessous illustre cette variabilité de la salinité (salinité calculée pour le mois de Février 2015 par le modèle du GIPREB).

Une lagune eutrophe

L’étang de Berre constitue un milieu eutrophe avec de fréquentes efflorescences algales (phytoplanctons et macroalgues) et des phénomènes récurrents d’appauvrissement ou de disparition de l’oxygène de ses eaux.

L’eutrophisation correspond à l’enrichissement du milieu aquatique en sels nutritifs ce qui provoque la prolifération de végétaux et donc l’accumulation de matière organique. L’eutrophisation engendre de très fortes nuisances : eaux colorées, mousses, ulves, phytoplancton toxique, anoxie.

Avec des anoxies très fréquentes

On observe une stratification haline de la masse d’eau entre les eaux salées rentrant par le chenal de Caronte au sud et les eaux saumâtres issues du mélange entre les eaux marines et les eaux douces des tributaires naturels et du rejet EDF (voir la vidéo ci-dessous). Cette stratification haline, associée à la dégradation de la matière organique issue de la forte production primaire phytoplanctonique a des conséquences sur les concentrations en oxygène dissous dans les secteurs les plus profonds (au dessous de six mètres) de l’étang. Ainsi, on observe des hypoxies voire des anoxies très fréquentes au fond de l’étang, qui vont progressivement se propager vers les bordures en remontant. Seul des épisodes de vents (Mistral notamment) suffisamment forts et durables peuvent rompre ponctuellement la stratification haline et permettre un mélange des eaux. Lors des pics estivaux de production phytoplanctonique, couplés à  un régime de vent faible, les anoxies peuvent remonter vers trois à quatre mètres de profondeur. L’oxygénation des eaux est en relation directe avec la profondeur et la stratification haline. Dans l’étang de Vaïne les épisodes d’anoxie sont rares du fait de sa faible profondeur (quatre à cinq mètres). Néanmoins, en 2018, l’absence de mistral quasiment tout l’été, n’a pas épargné l’étang de Vaine ( plus d’informations sur le sujet de l’oxygène)

La transparence de l’eau, facteur essentiel au développement de la flore aquatique, est directement conditionnée par la charge en matière particulaire dans l’eau (due notamment aux fortes teneurs en phytoplancton et aux rejets de limons). Dans l’étang de Vaïne, hydrologiquement isolé du grand étang, les eaux sont globalement plus transparentes. En 2018, elles sont néanmoins elles aussi devenues rouge-marron…

D’où une vitalité faible de la macrofaune benthique

La persistance de conditions hypoxiques associée à des anoxies régulières a des impacts sur les peuplements de macrofaune benthique en provoquant des mortalités massives et en empêchant le développement d’un peuplement benthique pérenne et diversifié. La vitalité des peuplements (nombre d’espèces, densité) reste faible au regard des niveaux relevés dans d’autres lagunes littorales comparables telles que l’étang de Thau. Dans les parties les plus profondes de l’étang de Berre, seules des espèces opportunistes et typiques des milieux enrichis en matières organiques sont présentes. Ces peuplements disparaissent suite aux anoxies estivales et peinent à se reconstruire durant la phase hivernale suivante. Plus de détails peuvent être trouvés sur notre page spécifique à la macrofaune benthique.

La bordure littorale est moins touchée par ces phénomènes d’anoxie et on y observe des peuplements plus diversifiés, notamment avec le développement de coquillages fouisseurs, principalement de Ruditapes philipinarum, espèce de palourdes introduites et typiques des sédiments à forte charge organique. Cette présence qui signe toutefois une amélioration,  pour une fine frange littorale peu profonde et largement oxygénée, est à mettre au crédit de la stabilisation de la salinité suite à la réduction des rejets EDF. Cependant, la grave crise anoxique de 2018 n’a pas épargné cette frange littorale.

et des plantes aquatiques qui peinent à réapparaître

Concernant le compartiment macrophyte, on observe ces dernières années avec la diminution des rejets EDF, une progression marquée des magnoliophytes, en particulier la zostère naine. La cartographie réalisée en 2017 montre une surface couverte par les herbiers de zostère de 18 hectares, en forte augmentation depuis 2014 (4,4 Ha). Cependant, cette surface ramenée aux objectifs de « bon état » tels que définis par la DCE reste très faible (1 % de l’objectif). En parallèle, la structure du peuplement de macrophytes s’améliore : le compartiment végétal est en augmentation dans l’étang à la fois en abondance et en diversité taxonomique. Les espèces présentes sont le signe clair d’une salinité plus élevée de l’étang. Vous pourrez trouver plus d’informations sur la page dédiée aux zostères dans l’étang de Berre.

Mais avec des poissons et crustacés présents en nombre

L’ichtyofaune de l’étang de Berre est composée des poissons que l’on retrouve classiquement dans les lagunes méditerranéennes.

Parmi les espèces commerciales, on retrouve principalement les anguilles, daurades, loups, muges, et des poissons plats comme les soles.

Mais de nombreuses autres espèces de poissons ou crustacés peuvent être observées: athérines, syngnates, crevettes et crabes…

De nombreuses informations peuvent être trouvées sur les pages suivantes : la pêche dans l’étang de Berre et étude sur les pêcheries.

Et un jardin sous-marin au fort potentiel de recolonisation

Il y a dans l’étang de Berre, près de Martigues, un petit jardin sous-marin où les amateurs de photographies sous-marines trouveront matière : des espèces protégées de Méditerranée comme la Grande Nacre ou encore l’emblématique Hippocampe… Dans le cadre d’un inventaire photographique de la faune de l’étang de Berre, les chargés de mission scientifique du GIPREB ont plongé sur les quelques hectares où ces espèces peuvent vivre, là où la mer entre dans l’étang.

Le chenal artificiel, créé pour permettre aux pétroliers de rejoindre le port de la Mède, cache au fond de l’eau des trésors cachés : oursins, grandes nacres, hippocampes, crevettes, crabes, anémones, … C’est grâce à l’influence de l’eau marine, que l’on retrouve ici une biodiversité aussi riche.

Recensés de longue date dans le canal de Caronte, ces espèces témoignent que l’eau de mer, pauvre en nutriments et bien oxygénée, est une alliée puissante pour la biodiversité des lagunes. Le potentiel de recolonisation de l’étang de Berre est bien présent, les sources de larves existent et le potentiel de dissémination est bien réel car les courants sont souvent très forts dans ce secteur.

Des villes balnéaires, fières de leur littoral

Bien que sa qualité écologique ait été très dégradée au milieu du XXème siècle les efforts de réhabilitation entrepris ont permis une réelle amélioration de la situation sanitaire permettant notamment l’exercice de la baignade, du nautisme et de la pêche professionnelle y compris des coquillages. Les communes mettent en avant leur situation de villes balnéaires tant au niveau de la cohésion sociale des populations que pour développer un tourisme de proximité.

Patrice Aguilar
France – Etang de Berre – port de Saint Chamas,  Pêcheurs d’anguilles – avril 2008
Port et habitations troglodytiques de Saint Chamas, P.Aguilar
France – ETANG DE BERRE
France Bouches du Rhône Etang de Berre
Plage de Romaniquette – Septembre 2010
France Bouches du Rhône Etang de Berre
Plage de Romaniquette – Septembre 2010
Patrice Aguilar
Patrice Aguilar
France – Etang de Berre – port de Saint Chamas,  Pêcheurs d’anguilles – avril 2008
France – Etang de Berre – port de Saint Chamas, Pêcheurs d’anguilles – avril 2008
Port et habitations troglodytiques de Saint Chamas, P.Aguilar
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France – ETANG DE BERRE
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France Bouches du Rhône Etang de Berre
Plage de Romaniquette – Septembre 2010
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Plage de Romaniquette – Septembre 2010
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Article modifié le 12/10/2018